dimanche 17 avril 2016

Photo du Jour : 1983, Seat arrive en France (publicité)


En ce dimanche pluvieux, c'est en feuilletant une vieil Auto-Journal de 1983 que je suis tombé sur une publicité qui m'a interpellé : l'arrivée de la marque espagnole Seat en France. Un événement qui demande à être expliqué.





En 1983, Seat fête ses 30 ans de production automobile. Créée en 1950, sa première automobile, la 1400, sort en effet 3 ans plus tard. C'est en fait une Fiat 1400 fabriquée sous licence italienne. Fiat, toujours prête à cette époque à collaborer avec les dictatures, est en effet partie prenante dans la création de Seat, voulue par l'état franquiste et les banques ibériques. Pour cela, elle signe un contrat de 30 ans, qui doit expirer en 1980.

SEAT 850

SEAT 600

SEAT 124 SPORT

Pendant 30 ans, Seat va produire des Fiat rebadgées, mais aussi des variantes spécifiques n'existant pas dans la gamme italienne. Mais à la fin des années 70 vient le moment pour Fiat de s'inquiéter de l'avenir de sa filiale espagnole, dont elle ne possède pas la majorité du capital. Franco est mort en 1975, le pays s'ouvre à la démocratie, et le groupe italien est bien placé pour racheter 100% du capital. Seul problème : Seat est surendetté, en particulier à cause du rachat, en 1976, des installations espagnoles du groupe British Leyland. Et l'état espagnol ne veut pas la renflouer. En 1980, Fiat renonce donc à y investir. Seat devient donc une marque indépendante... et nationalisée par la force des choses.

En 1981, un accord (ou un divorce à l'amiable) est néanmoins signé entre Fiat et Seat, autorisant cette dernière à fabriquer certains modèles italiens (Panda, 127, Ritmo), à conditions qu'ils soient significativement restylés. C'est dans ce contexte que sort en 1983 la Ronda, dont nous voyons le nez sur cette publicité. Une Fiat Ritmo modifiée... et désormais exportable vers les marchés européens, dont la France.

SEAT Ronda

Car oui, Seat a exporté une partie de sa production pendant 30 ans, mais vers des pays si possibles lointains (Amérique du Sud par exemple) choisis par Fiat. Et, en l’occurrence, les marchés de l'Europe de l'Ouest étaient toujours restés la chasse gardée de la marque italienne. Maintenant séparées, les deux sociétés sont libres de leur stratégie. Et Seat ne se prive pas d'envisager son expansion vers les marchés européens qui lui étaient interdits, en le faisant savoir dans des publicités comme celle de cet article.

En Italie, on grince des dents, d'autant plus que l'ennemi allemand, le groupe Volkswagen, est entre temps rentré minoritairement dans le capital de la marque espagnole, avec l'aide de subventions d'état, qui avaient été refusées à Fiat en 1980. La marque italienne se retrouve dans une situation où son ancienne filiale produit et vend en concurrence frontale des plagiats de ses propres produits. Humiliation suprême, les usines espagnoles qu'elle a financées quelques années auparavant fabriquent maintenant aussi la Volkswagen Polo, rivale de sa nouvelle Fiat Uno. C'en est trop pour Fiat, qui essaie d'obtenir réparation, mais qui n'obtiendra jamais rien.

C'est dans ce contexte tendu que Seat arrive en France en 1983, avec la Ronda (Fiat Ritmo modifiée) et la Fura (Fiat 127). L'année suivante, ce sera l'Ibiza (première voiture conçue réellement par Seat), puis la Marbella (Fiat Panda) et la Malaga (Ibiza à coffre). La suite, on la connaît : Seat deviendra la troisième marque du groupe Volkswagen en 1986.

Seat Marbella

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