samedi 23 mai 2015

La Renault 16 fête ses 50 ans !!!


Il y a peu de voitures qui aient marqué leur temps. A voir la Renault 16 aujourd'hui, on a du mal à croire qu'elle fasse partie de celles-là. Pourtant, proposer une traction avant à 5 portes était tout simplement inconcevable en 1965. En tout cas dans la catégorie des grandes voitures du type Peugeot 404 ou Citroën DS. On en a tellement vu (et on en voit encore quelques fois) qu'on avait oublié que la R16, par son concept, avait étonné lors de sa présentation. Et que son originalité avait séduit le jury de la voiture européenne de l'année, qui lui décerna le trophée pour l'année 1966.





Qu'elle soit une traction avant ne faisait pas son originalité, pas plus que ses quatre roues indépendantes ou son alternateur, car beaucoup de marques avaient déjà intégré ces technologies au milieu des années 60. Non, l'originalité venait tout bêtement... de son hayon. Cela peut faire rire aujourd'hui, mais une carrosserie deux volumes à cinq portes était quelque chose de tout à fait impensable dans cette catégorie à cette époque, et le concept "3 volumes, 4 portes" était alors une figure imposée (sauf pour l'Ovni DS). La Renault 16, elle,  ne sera disponible qu'en cinq portes à hayon pendant toute sa carrière, imposant ainsi la synthèse d'une berline classique et d'un break. Une voiture peut-être pas révolutionnaire donc, puisqu'elle ne faisait qu'adopter les dernières innovations, mais une voiture en avance sur son temps par son concept, qui va inspirer la concurrence beaucoup plus tard, dans les années 70.


Pierre Dreyfus, le visionnaire patron de la régie Renault, voulait justement un véhicule en décalage par rapport à la concurrence abonnée aux quatre portes et souvent encore à la propulsion dans cette catégorie. La Renault 16 est mise en chantier dès 1958, et elle mettra sept longues années à arriver en concession, en 1965. La gamme Renault restera donc sans véhicule "haut de gamme" cinq ans durant, suite à la disparition de la Frégate en 1960. Mais Pierre Dreyfus est confiant, puisqu'il fait édifier une nouvelle usine dédiée à sa construction à Sandouville, près du Havre.


Nous voilà donc en février 1965 : le deuxième véhicule de tourisme Renault à traction avant est présenté : la Renault 16. Le premier était la Renault 4, quatre ans auparavant, en bas de la gamme. Replaçons-nous dans le contexte de l'époque, et vous comprendrez que la voiture étonne, avec son profil inédit, sa banquette rabattable et amovible, l'absence de gouttières sur le toit, et beaucoup d'autres astuces qui en font une vraie "voiture à vivre" bien avant le slogan des années 80. Pour enfoncer le clou, la Renault 16 est moins chère que la concurrence de l'époque (Citroën DS, Peugeot 404, Simca 1500), et comme son comportement routier fait partie des meilleurs, la 16 est tout de suite un succès, malgré sa sous-motorisation.


Car la malheureuse, avec son malheureux moteur de 1470cc et 55ch, fait pale figure face à une concurrence plus affûtée. Avec ses 145 km/h, un freinage médiocre et en plus une présentation intérieure un peu pauvre pour un haut de gamme, la 16 a du mal à se faire respecter dans la catégorie. Sa longueur de seulement 4.23m (largeur 1.62m, hauteur 1.40m) est également un peu juste pour une voiture dite "haut de gamme", même si elle est compensée par la conception intelligente de son intérieur.


Il faudra 3 longues années à la régie pour réagir, mais de bien belle manière : au salon de Genève 1968, la version TS est présentée. La cylindrée du moteur alu passe à 1565cc, un carburateur double corps Weber fait son apparition, la puissance grimpe à 83ch, et la vitesse maximale à 165 km/h, le freinage est renforcé, les pneus sont plus gros, le tableau de bord s'étoffe avec de nouveaux compteurs (dont un compte-tours). Au chapitre options, il est possible d'avoir les vitres et le toit électriques.

Un an plus tard, au salon de Genève 1969, c'est la version TA qui apparaît. Équipée du moteur de la 16 TS (de 67ch seulement) et d'une boite automatique gérée électroniquement, elle est surtout destinée à l'export.

L'année d'après, un restylage touche surtout la partie arrière, avec des feux plus gros et un bandeau noir. Le moteur de 1470cc est abandonné sur la version de base, remplacé par le moteur 1565cc de la TS, dans une puissance de 65ch. Cette Renault 16 de base, qui ne portait aucun nom de finition jusque là, se dédouble alors en deux versions L et TL, afin de s'aligner sur les autres modèles de la marque.


Au salon de Paris 1973, c'est la version TX qui est lancée, avec son moteur 1647cc de 93ch et sa boite 5 vitesses. Elle se reconnait avec ses quatre phares, son becquet au dessus du hayon, sa finition encore plus soignée et ses jantes "Gordini". Sa vitesse maximale est de plus de 170 km/h.

Pour 1975, la 16 reçoit ses dernières modifications avec une calandre désormais noire en lieu et place de celle en aluminium depuis le lancement. L'année suivante, une version économique fonctionnant à l'essence ordinaire et développant 55ch est présentée, toujours avec le moteur 1565cc. La production cessera en décembre 1979, les derniers exemplaires étant écoulés en 1980.


Ci-dessous, un lien vers le site de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel), qui nous montre un reportage de 8 minutes, réalisé en mai 1965, pour le journal télévisé de feu l'ORTF, dans l'usine de Sandouville, où étaient construite les R16. Notez bien au début du film les commentaires des passants à propos de son "arrière bizarre".

On en vu des Renault 16 ! Aujourd'hui, on les trouve banales car, avouons-le, le dessin de Gaston Juchet supporte mal le poids des ans. Et elles commencent à peine à prendre timidement de la valeur en collection, faute de prestige. Et oui, les DS, 404 et 504 recueillent plus de suffrages que "l'utilitaire R16". Mais on a oublié que cette grande voiture fut un succès : 1.851.502 exemplaires auront été produits de 1965 à 1979. Epoque bénie où l'audace payait encore. Car cela fait une moyenne de 120.000 voitures par an ! Un chiffre impensable aujourd'hui puisqu'il n'y a de toute manière plus de véhicule haut-de-gamme chez Renault. Ce succès, la R16 le doit à l'époque où elle est née : dans les années 60, nous sommes en plein dans les "trente glorieuses" et la société de consommation et de loisirs. Par rapport à ces besoins, les clients recherchaient une grande voiture pratique. Rien que sur ces deux critères, la R16 s'imposait.

Si la Renault 16 a tant d'importance dans l'histoire de la firme au losange, c'est aussi qu'elle a été le premier maillon d'une dynastie de grandes berlines à hayon chez Renault. Le duo Renault 20/30 lui succédera en 1975. La moderne Renault 25 arrivera en 1984. La Safrane de 1992 poursuivra la tradition. Tradition qui prendra fin en 2002 avec la malheureuse VelSatis qui, malgré son hayon, n'avait plus rien à voir avec le concept originel de la R16.

Pour le trophée de voiture de l'année européenne 1966, la Renault 16 arrivait première avec 98 points devant deux grosses voitures atypiques : la Rolls-Royce Silver Shadow (81 points) et l'Oldsmobile Toronado (59 points).

Rolls-Royce Silver Shadow
Oldsmobile Toronado
Sources : Wikipedia (fr), renault.com, magazine Retromania N°8 et divers ouvrages

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