dimanche 12 août 2012

1968 : NSU Ro 80, voiture européenne de l'année


Au salon de Francfort 1967, c'était elle la vedette. La Ro 80 de NSU. Un triomphe qui s’avérera être le baroud d'honneur de la marque allemande. Car aussi ambitieuse soit-elle, cette voiture plombera définitivement les comptes de NSU, qui finira ingurgitée par le groupe Volkswagen. Revenons sur cette voiture qui représentait une trop grande prise de risque pour une si petite entreprise.





NSU fait partie de ces marques qui ont connu de nombreuses galères. Créée au XIXème siècle, la firme construit des machines à tricoter, puis des bicyclettes et enfin des motos. Elle ne vient à l'automobile qu'en 1905. Mais la marque ne va prendre de l'ampleur que dans les années 20 où elle s'associera à Fiat pour fabriquer des modèles sous licence de la marque turinoise (sous la marque Fiat-NSU). Le succès est là mais NSU fait faillite en 1929 et doit se résoudre à revendre son activité automobile à Fiat pour se concentrer uniquement sur la fabrication des motos, pour lesquelles elle deviendra le leader mondial dans les années 50. Ce succès permet à la marque d'envisager de nouveau la fabrication d'automobiles. Dès 1957, la Prinz est proposée et connaît un certain succès, qui sera pérennisé par la TT.


Mais un autre projet retient toute l'attention de NSU : le moteur à piston rotatif de l'ingénieur Felix Wankel. Depuis 1951, la marque joue les mécènes et finance massivement ce moteur auquel elle croit dur comme fer. Prévu pour être compact, léger et facile à produire, le Wankel représente l'avenir de l'automobile, si tenté que ses problèmes de fiabilité et d'addiction à l'essence et à l'huile soient résolus. NSU pense que c'est le cas en 1964, année de lancement du Spider Wankel, premier véhicule au monde à être équipé d'un tel bloc. Le lancement d'un petit véhicule aussi marginal n'était pas innocent, il permettait de commercialiser à petite échelle une auto à piston rotatif sans trop se faire remarquer sur les éventuels problèmes de qualité de son moteur mono-rotor. Et si on reconnait au Wankel un grand confort du à son absence de vibrations, les critiques sur son manque de couple, sa fiabilité douteuse et sa consommation se font déjà entendre. Pourtant, NSU ne les écoute pas et planche déjà sur un bloc bi-rotor, parallèlement à Mazda qui a acheté la licence du moteur en 1961, et qui essaye de le fiabiliser et de le dynamiser de son côté. Et pour son nouveau moteur, NSU prépare un bien bel écrin.


NSU se devait en effet d'habiller sa technologie avant-gardiste de la manière la plus démonstrative, le but étant de provoquer le même choc que la Citroën DS en 1955. Le résultat est donc présenté à l'automne 1967, au salon de Francfort. La voiture se nomme Ro 80. Un nom bien peu digeste, mais qui a une signification : Ro pour Rotatif, 80 car l'auto est censée avoir 20 ans d'avance et représenter la technologie des années 80. Certainement la plus grande des NSU jamais produite (4.78m), la Ro 80 arbore un dessin très fluide et aérodynamique, et propose une belle surface vitrée. Le style de cette voiture ne souffrira pas des années.


Techniquement, elle étrenne une transmission semi-automatique à trois vitesses, et elle adopte des solutions encore rares à l'époque : quatre roues indépendantes, quatre freins à disques, traction avant, direction assistée. Le Wankel bi-rotor de 995cc affiche une puissance honnête de 115ch, permettant des performances correctes (180 km/h, 0 à 100 km/h en 12.8s, 33.5s pour le 1000m départ arrêté).


Véritable star du salon, la Ro 80 est dans la foulée sacrée voiture européenne de l'année 1968 (devant la Fiat 125 et la Simca 1100). Sur le papier, tout s'engage plutôt bien pour NSU. Mais en fait, c'est le début du cauchemar.


Premièrement, la Ro 80 s'est fait griller la politesse par Mazda. Comme évoqué plus haut, la firme japonaise, encore peu connue à l'échelon international, avait entrepris de fiabiliser le moteur Wankel. Les travaux de la marque japonaise ont été intenses et fructueux, puisque dès mai 1967 fut commercialisée, au Japon uniquement, le coupé Cosmo 110S. Devenant ainsi le premier modèle de série au monde équipé d'un moteur bi-rotor. Et Mazda rend une copie impeccable puisque, après des milliers de kilomètres d'essais, c'est un Wankel de 110ch fiable qui équipe le coupé (lire cet article sur l'aventure du Wankel chez Mazda). Une mise au point sérieuse qui tranche avec les déboires des moteurs NSU. Il ne faut en effet pas longtemps pour se rendre compte du problème. Le bloc allemand n'est pas fiable, et sa durée de vie n'excède pas 50.000 kilomètres, dans le meilleur des cas. Les ingénieurs allemands réussissent cependant à rectifier le tir, mais il est déjà trop tard et le mal est fait commercialement.

Mazda Cosmo

NSU assume ses erreurs et assure la garantie de toutes les voitures vendues. Une démarche louable mais ruineuse qui mène la marque droit à la faillite dès 1969. Le groupe allemand Volkswagen met la main dessus et s'empresse de la fusionner avec Audi, marque récemment réactivée. C'est le début de la fin pour NSU qui va progressivement s'effacer. Les Prinz et TT continueront à être produite jusqu'en 1972, Volkswagen reprendra à son compte la K70, et la Ro 80 restera, contre toute attente, le seul modèle NSU produit jusqu'en 1977.



Une carrière incroyablement longue pour cette voiture qui, en dehors de son contenu technologique, n'est pas née à la bonne époque. Car le premier choc pétrolier de 1973 aurait du la condamner immédiatement. En effet, sa boulimie chronique en carburant n'a jamais été résolue. Le manque d'étanchéité de son moteur occasionnant une consommation déraisonnable d'huile non plus. Durant ces même années 70, Mazda généralisait le moteur Wankel à pratiquement toute sa gamme, avec succès. Et cette technologie équipait encore, il y a quelques mois, la RX-8. Contre toute attente, c'est bien la firme d'Iroshima qui sera le meilleur promoteur de l'invention de Felix Wankel.


Est-il nécessaire de préciser que, malgré son titre de voiture de l'année 1968, la Ro 80 n'a pas été un succès : 37.204 exemplaires fabriqués en 10 ans. Il nous reste une voiture à l'élégance intemporelle (sauf à partir de la version restylée de 1975, voir photo ci-dessus), et une vitrine des espoirs technologiques de l'époque. Seule consolation pour NSU : Citroën s'est aussi cassé les dents sur le moteur Wankel, avec une M35 et une GS birotor que la marque aimerait bien effacer de son histoire. Et bien d'autres grands noms de l'automobile ont failli tomber dans la même galère (General Motors, Ford, Alfa-Romeo, Mercedes, etc...), mais eux ont eu la sagesse d'arrêter les frais au bon moment.


Ci-dessous, les chiffres de ventes de la Ro 80 en France :
1968 : 108
1969 : 423
1970 : 208
1971 : 165
1972 : 170
1973 : 162
1974 : 79
1975 : 70

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