mercredi 29 février 2012

Alliance GM-PSA : Tout bénef ?



Après avoir confirmé la semaine dernière qu'ils étaient en discussion, les groupes General Motors et PSA-Peugeot Citroën viennent de rendre officielle leur alliance stratégique. Une alliance qui promet des lendemains qui chantent.... Pour les actionnaires en tout cas. Car il ne faut pas s'imaginer que les synergies entre les deux groupes vont créer des emplois en Europe.




Si GM et PSA annoncent une collaboration mondiale et le partage des technologies, c'est bien le marché européen qui est au centre de cette alliance. Depuis des années, le groupe américain ronge son frein avec sa filiale européenne Opel/Vauxhall, source de pertes malgré des immatriculations correctes. D'ailleurs, GM avait bien failli se débarrasser de son boulet il y a trois ans, avant de revenir sur sa décision. Pour la conserver, il fallait absolument trouver un partenaire suffisamment puissant sur le vieux continent. PSA, deuxième constructeur européen derrière l'inamovible groupe VW, et qui lui-même cherchait un partenaire, était le candidat idéal.

A partir de 2016 arriveront les premiers fruits de ce rapprochement, la mise en chantier de plateformes et motorisation communes démarrant dès cette année. Mais ce sont justement ces économies d'échelle, associées à la surcapacité notoire des usines européennes qui font craindre le pire. Il ne faut pas être devin pour comprendre que des restructurations seront nécessaires, et qu'un carnage social est inéluctable. On peut donc s'attendre à une ambiance très tendue dans les prochains mois.


On peut également se poser des questions sur la réciprocité de la prise de participation au sein de l'alliance. Si on prend l'exemple de la réussie alliance Renault-Nissan, chacun des deux groupes avait pris une participation dans l'autre, permettant à chacun de s'épanouir et de s'impliquer. Comment PSA Peugeot-Citroën s'impliquera-t-il alors qu'il ne rentrera aucunement dans le capital de GM. Ce dernier, par le jeu d'une augmentation de capital, prend 7% du groupe français, en devenant ainsi le second actionnaire, derrière la famille Peugeot (qui conserve environ un tiers des parts).


Deuxième source d'inquiétude : le management à l'américaine fera-t-il bon ménage avec la rigueur propre à PSA. On le sait maintenant : chez GM, quand tout va mal, on ne fait pas de sentiment. Les dizaines de milliers de licenciements il y a trois ans en attestent, sans parler du cimetière de marques que le groupe a laissé derrière lui en seulement dix ans (Oldsmobile, Pontiac, Saturn, Hummer, Saab). D'un autre côté,le cimetière de PSA n'est pas mal non plus (Panhard, Simca, Talbot). N'oublions pas non plus qu'en 2000, GM avait signé le même type d'accord avec Fiat, et qu'il n'a pas fallu plus de cinq ans pour que cette alliance prenne fin. Enfin, que vont devenir les partenariat que PSA avait noués avec BMW (motorisation essence et hybrides), Toyota (micro-citadines) et Mitsubishi (SUV et voitures électriques) ?

Difficile de se positionner suite à l'annonce de cette alliance. Doit-on s'en réjouir ou craindre le pire ? Quid de l'identité des marques ? Et surtout quel sera le prix social à payer ? Il y a dix ou quinze ans, un tel accord aurait été jugé prometteur. Depuis, les échecs de BMW-Rover, de Daimler/Chrysler, de Ford qui a revendu tout ce qu'il avait acheté (Jaguar, Land-Rover, Aston-Martin, Volvo, Mazda) nous ont rendus plus lucides. Et puis la mondialisation est passée par là. Il est donc difficile de croire que l'alliance GM-PSA soit bénéfique à tous les acteurs des deux groupes.

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