lundi 5 septembre 2011

ALFA ROMEO : adieu à la 159 et à Pomigliano d'Arco



La nouvelle est tombée la semaine dernière : la production de l'Alfa 159 cessera à la fin du mois prochain. Du même coup, l'usine de Pomigliano d'Arco qui en assurait la production perd définitivement le blason Alfa-Romeo pour arborer celui de Fiat, puisque c'est la troisième génération de Panda qui occupera les chaînes de montage désormais. Revenons ensemble sur l'histoire de ce site qui a ouvert ses portes il y a près de quarante ans.



Dans les années 60, Alfa-Romeo, alors entreprise d'état italienne, se rend compte que pour survivre, elle ne peut plus se contenter de sa gamme actuelle composée de berlines, coupé et cabriolets à tendance sportive. Une descente en gamme s'impose, et elle donnera naissance à la petite AlfaSud en 1972. Un véritable choc pour les alfistes à l'époque, puisqu'elle devient le premier modèle à traction avant de la marque.


Pour construire cette AlfaSud, une usine toute nouvelle est prévue, car l'usine de Portello (construite en 1910) et celle d'Arese (construite en 1963), toutes les deux à Milan, ne suffiront pas à produire les quantités requises. Dés 1967, le projet de l'usine "AlfaSud" est lancé. L'état italien, inquiet de l'exode des ses habitants du sud vers le nord du pays, veut donner un signal fort pour encourager l'industrie à s'implanter dans le sud. Cette région est en effet sinistrée industriellement, et ne connaît pas l'essor du nord. Contre l'avis du dirigeant d'Alfa-Romeo, l'état actionnaire décide de construire une nouvelle usine ultra-moderne à Pomigliano d'Arco, dans la banlieue de Naples. La première pierre est posée en 1968.


Après maintes péripéties (retards dans les travaux, grèves), la première AlfaSud sort de l'usine en 1972. La même année, le logo Alfa-Romeo perd l'inscription "Milano" puisque les voitures ne sont plus produites uniquement à Milan, mais aussi à Naples.


L'AlfaSud sera produite de 1972 à 1984 (le dérivé break 3 portes Giardinetta de 1975 à 1980), à environ 850.000 exemplaires.


L'AlfaSud Sprint de 1976 à 1988 à environ 120.000 exemplaires.


L'Alfa 33, remplaçante de l'AlfaSud reprenant le même soubassement, sera produite de 1983 à 1994 dans ses variantes 5 portes et break SportWagon (a partir de 1984) à près d'un million d'exemplaires.


L'improbable Alfa Arna, ,navrant clone de Datsun Cherry équipée des moteurs Boxer de l'AlfaSud (suite à un accord avec Nissan), sera produite de 1983 à 1987 à environ 50.000 exemplaires, tous réservés à l'Italie.


En 1987, le groupe Fiat rachète Alfa-Romeo à l'état italien, et la conséquence immédiate est l'arrivée sur les chaînes de la Lancia/Autobianchi Y10. La petite citadine connaît un grand succès et a besoin de capacités de production supplémentaire, que l'usine de Pomigliano d'Arco, sous exploitée, peut lui apporter. Elle y sera produite jusqu'en 1995, en complément de l'usine de Mirafiori.


Même traitement pour la Fiat Tipo, présentée en 1988, qui pour faire face à la demande, sera construite à Naples entre 1989 et 1990.


L'Alfa 155 (sur base Fiat Tipo) sera péniblement produite de 1992 à 1997 à moins de 200.000 exemplaires. Elle est la première familiale à être montée à Pomigliano d'Arco.



Le duo Alfa 145-146 fut produit de 1994 à 2000 à environ 450.000 exemplaires.


L'Alfa 156, voiture de l'année 1998, sera produite avec beaucoup plus de succès que la 155, puisque près de 700.000 exemplaires sortiront entre 1997 et 2006.


L'Alfa 147, voiture de l'année 2001, sera produite de 2000 à 2010 avec grand succès également.


Le joli coupé Alfa GT fut produit, lui, de 2003 à 2010.


L'Alfa 159 est arrivée en 2005 sur les chaînes de montage, elle aura donc été produite six petites années. Sans remplaçante immédiate. Une éventuelle Giulia doit arriver d'ici deux ans. Vues les économies réalisées depuis quelque temps chez Fiat, il ne serait pas étonnant que cette Giuilia ne soit qu'une Giulietta à coffre.

L'échec de la 159, et de ses dérivés Brera et Spider, est révélatrice de l'incapacité du groupe Fiat et de l'administrateur délégué Sergio Marchione, à continuer sur la lancée des best-sellers 156 et 147. Déjà pénalisée par le poids de sa plate-forme et de ses moteurs essence d'origine GM, la 159 a connu la double peine, puisqu'elle fut en plus vendue à son lancement à des prix prétentieux, alignés sur les allemandes. Suite à ce lancement chaotique, sanctionné par des ventes mauvaises, Marchione a vite décidé de ne plus soutenir cette voiture, et d'en arrêter tout développement (Crosswagon ou version GTA par exemple), malgré une ligne et un comportement routier reconnus de tous. Dès 2009, tout occupé qu'il était à mettre la main sur Chrysler, la 159 était sûrement déjà condamnée dans son esprit.


En 2010, quatre voitures ont disparu de la gamme Alfa-Romeo : la 147 (remplacée par la Giulietta), le coupé GT (sans remplaçant), le Spider (sans remplaçant), la Brera (sans remplaçante). Cette année ce sont les 159 berline et sportwagon (sans remplaçants officiels). La gamme Alfa-Romeo aujourd'hui, c'est deux modèles : la MiTo (dans une seule carrosserie 3 portes) et la Giulietta (dans une seule carrosserie 5 portes). La prochaine nouveauté prévue est le coupé 4C (courant 2013). Pendant ce temps, les gammes Chrysler/Dodge/Jeep/RAM ont quasiment été entièrement renouvelées. No comment.


Aujourd'hui, l'usine de Pomigliano d'Arco, un des symboles d'Alfa-Romeo, ne produira plus d'Alfa-Romeo, pour la première fois depuis 39ans. Sergio Marchione a réussi à négocier auprès des ouvriers, en juin 2010, un accord durcissant les conditions de travail : moins de pause, flexibilité accrue, absentéisme sanctionné, droit de grève réduit. Et pour ne pas avoir de compte à rendre à l'administration : abandon de la convention collective de la métallurgie, sortie de la Confindustria (Medef italien). En contrepartie, une éventuelle augmentation de salaires qui pourra aller jusqu'à 3.700€ annuels. Le même accord a été signé à Mirafiori.


Pourquoi les ouvriers ont-ils accepté ? C'était ça ou la fermeture. Alors qu'avec l'assurance de produire la Panda G3, le travail était assuré. Bien joué !

crédit photos : Alfa-Romeo, Fiat, Lancia

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