mardi 27 septembre 2011

1967 : FIAT 124 voiture européenne de l'année


Cette voiture vous paraît familière ? Normal, elle vous évoque les millions de Lada (2101, 2103, 2105, 2106, 2107) encore en circulation en Russie et que nous pouvons voir inlassablement à la télé à chaque fois qu'il y a un reportage dans l'ex-bloc communiste. Il y en a même quelques survivantes en France ! Mais avant d'avoir été une Lada, cette voiture est née FIAT 124. Une voiture bien née puisqu'elle a obtenu haut-la-main le trophée de la voiture de l'année 1967.


Car ce dessin si désuet aujourd'hui était bien dans l'esprit des années 60, c'est à dire très carré. Ça plaisait à cette époque, mais la 124 se démodera très vite au début des années 70.  De toute façon, il y avait une telle urgence à remplacer la 1100D (née en 1953) et la 1300 que le lancement de la 124 en mars 1966 fut une bénédiction pour la marque turinoise. Cette dernière fut pourtant prudente sur les choix techniques de sa dernière née.


Développée sur un nouvelle plate-forme, la 124 restait fidèle à la propulsion alors que la traction avant était en train de contaminer tous les constructeurs. A l'arrière, l'essieu rigide reprenait du service, alors que l'avant recevait des ressorts hélicoïdaux. Rareté à cette époque : les freins sont à disques à l'avant ET à l'arrière.



Au lancement, elle étrennait un nouveau moteur 4 cylindres de 1197cc. Avec son simple arbre à cames et son carburateur double corps, il revendiquait un joli couple de 87 Nm et un rendement de 60ch. Une puissance suffisante pour cette voiture qui reste légère (855 kilos à vide). Car la 124 est certes habitable, mais beaucoup plus compacte qu'elle n'en a l'air :
- longueur 4.03m
- largeur 1.62m
- hauteur 1.42m
- empattement 2.42m


Dotée d'une boite 4 vitesses et de roues 13 pouces, elle pouvait rouler à 146 km/h tout en restant économique à l'usage comme à l'achat. C'est d'ailleurs ce rapport prix/prestations qui lui vaudra un tel succès puisqu'environ 2.200.000 exemplaires sortiront des chaines italiennes. La 124 était donc un choix pragmatique et non passionnel. L'apparition d'un break "Familiare" quelques mois plus tard, ne fait que le confirmer. C'est certainement cette conception simple et fiable qui a séduit le jury de la voiture de l'année. La 124 remportera le titre pour l'année 1967 avec 144 points. Loin devant ses dauphines : la BMW 1600 et la rare Jensen FF, créditées de 61 points chacune.


Mais la passion, Fiat y a pensé. Dans les années 60, en Italie, on se doit de proposer des modèles qui sortent de l'ordinaire. Sur la base du châssis raccourci de la berline 124, deux variantes vont voir le jour : la 124 Sport Spider (1966) et la 124 Sport Coupé (1967). Aucune d'entre elle ne reprend le moindre embouti de la berline. La première est un adorable petit spider dessiné par Pininfarina, la seconde un élégant coupé dessiné par les stylistes Fiat. 



Ces deux beautés ont droit à un moteur 4 cylindres plus gros, de 1.438cc, double arbre à cames en tête et carburateur double corps, d'une puissance flatteuse (pour l'époque) de 90ch et d'un couple de 108 Nm. Vitesse maximale dans les deux cas : 170 km/h. Dès 1969, la cylindrée de ce moteur passera à 1608 cc et la puissance à 110ch. Je ne rentre pas dans les détails concernant ces deux modèles, qui feront l'objet d'un article à part. D'autant plus que le titre de voiture de l'année a été décerné à la 124 pour ses prestations en tant que berline. Je préciserais juste que la 124 Spider, après de nombreuses mises à jour, terminera sa carrière 20 ans plus tard, avec une production d'environ 200.000 exemplaires. La 124 coupé tirera sa révérence avant, en 1975, avec un score enviable d'environ 275.000 exemplaires.


En 1968, la berline inaugure une nouvelle version : la 124 Spécial. Ce patronyme est justifié par de nombreuses amélioration : calandre 4 phares, poignées de portes encastrées, butoirs de pare-chocs plus gros, intérieur plus cossu. Et surtout, la 124 Spécial reprend le moteur 1.438cc des Spider et Coupé, mais dans une version dégonflée à 70ch au lieu de 90, la faute à l'abandon du double arbre à cames en tête. Le poids monte à 925 kilos, mais la vitesse augmente à 150 km/h. Le break n'a pas le droit à ce moteur.



En 1970, la berline de base et le break Familiare bénéficient d'une petite remise à jour. Au dessus de la 124 Spécial apparaît une nouvelle version pour la berline : la 124 Spécial T. Encore plus richement dotée, encore plus cossue, elle récupère le moteur 1.438cc double arbre à cames en tête des coupé et Spider, mais cette fois-ci dans une configuration 80ch.


En 1972, une dernière petite mise à jour de la gamme permet à la 124 de finir tranquillement sa carrière. En 1974, elle laisse sa place sur les chaînes à la Fiat 131. Soit seulement 8 ans de carrière, ce qui était court à l'époque. Mais nous savons tous que si c'en était fini pour elle en Italie et sur les marchés européens, ses nombreux clones vont être vendus longtemps, mais alors très longtemps après !



LES CLONES DE LA FIAT 124

Fiat, dans les années 60,  faisait des miracles pour participer au développement automobile des pays communistes, voire de certaines dictatures. Fourniture d'usines clés en main, accord de fabrication sous licence, entrée au capital de certains constructeurs : tout était bon pour le groupe italien afin d'arrondir ses fins de mois. Cette stratégie a donné lieu à un véritable clonage de la 124.

Evidemment, le plus célèbre clone de la FIAT 124 est la LADA. Je ne peux même pas vous parler d'un modèle en particulier tant la marque russe a commercialisé de variantes différentes (numérotées de 2101 à 2107), en version berline ou break, depuis 1970. Au jour où j'écris cet article (septembre 2011), la berline 2107 est toujours au catalogue de Lada en Russie ! Précisons que la 124 n'avait pas été bêtement livrée clés en main, mais avait du faire l'objet d'un gros travail d'adaptation au climat russe. C'est Fiat qui a construit l'usine géante de Togliatti, mais le turinois n'a jamais été actionnaire du constructeur russe. Les Lada basées sur la 124 se sont vendues par millions (on ne doit pas être loin des 20 millions à ce jour).

Seat, alors filiale de Fiat et de l'état espagnol (dictature à l'époque), produisit la Seat 124 deux ans après la Fiat 124 italienne, en 1968. Pratiquement identique, elle continuera sa carrière jusqu'en 1980 en versions berline et Familiare. Les Fiat 124 Special et Special T seront renommées Seat 1430 dans un premier temps, mais lors de la refonte de la gamme en 1976, elle récupéreront le nom de 124. La version Coupé sera produite de 1970 à 1974. En tout : 890.000 berlines et breaks, 23.000 coupés.

Le constructeur indien Premier a produit un dérivé de la Fiat 124 à partir de 1986 ! soit 20 ans après la présentation de l'italienne, et douze ans après sa disparition des marchés européens. En fait, Premier a racheté les lignes de production de la Seat 124, ce qui explique qu'elle ressemble à la version restylée en 1976 de l'espagnole. Par contre, sous le capot, on a tout changé puisque c'est un moteur Nissan qui s'est invité. La Premier 118N sera produite jusqu'en 2000. Ironie du sort, c'est Fiat qui rachètera la marque pour en faire sa filiale indienne.


Pour finir, le constructeur turc TOFAS, dont Fiat détenait la moitié du capital, a produit et vendu sous sa propre marque environ 130.000 exemplaires de la MURAT 124, pendant les années 70. Cette voiture était une copie conforme de l'italienne. Aujourd'hui, Tofas est resté un précieux partenaire pour Fiat, dans le domaine des utilitaires.

Plus étonnant : Asia Motors, une marque coréenne qui deviendra Kia quelques années plus tard, a fabriqué quelques milliers de 124 sous licence Fiat de 1970 à 1973.


FIAT 124 / FIAT 125 : même combat ?


La 125 n'est pas qu'une version luxueuse de la 124. Présentée fin 1967, son empattement est plus grand (2.50m au lieu de 2.42m), son moteur est plus gros (1608cc, 90ch, 115 Nm), elle est plus lourde (1.000 kilos), plus longue (4.22m au lieu de 4.03m), elle va plus vite (165 km/h). Une version 125 Spécial va même encore plus loin avec un moteur de 100ch (170 km/h). Les différences visuelles avec la 124 sont : calandre à double phares carrés, baguette latérale chromée, ailes avant saillantes, capot nervuré, feux arrières plus gros, finition intérieure plus cossue. En fait, pour remplacer la 1300/1500, Fiat avait présenté les 124/125. La carrière de la 125 sera brève, de 1967 à 1972, pour un total de 600.000 exemplaires. Non pas qu'elle ait été un échec, mais elle a été conçue dans l'urgence pour faire la transition entre la vieillissante Fiat 1500 et la nouvelle Fiat 132, qui l'a remplacée. Mais au moment où sa carrière s’arrêtait en Europe, une seconde vie commençait pour elle en Argentine, de 1972 à 1982, où elle sera produite à près de 200.000 exemplaires.



La 125 elle aussi aura droit à la gloire communiste. Le constructeur polonais FSO/POLSKI (pour ne pas dire l'état polonais) la choisira en 1965 pour motoriser son pays. la 125P (pour Pologne) y sera construite dès 1968, avec un moteur différent (le vieux moteur de la Fiat 1500) et avec des phares ronds. Mais la 125P aura droit à un break spécifique en 1971, que la 125 italienne ne connaîtra jamais. Elle sera construite pendant 23 ans à environ 1.400.000 exemplaires. En Yougoslavie, la marque Zastava produira également quelques milliers de 125P.

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Le titre de voiture de l'année était réellement mérité pour la 124. Certes elle n'est pas belle, mais elle l'était dans les années 60 ! Et elle a permis à de nombreuses familles de pouvoir s'offrir une voiture accessible, fiable, bien finie, correctement équipée et avec un moteur moderne et économe. Son succès doit de toute façon donner bien des regrets à Fiat aujourd'hui, puisque la marque n'est plus capable de commercialiser ne serait-ce qu'un modèle compact sans perdre de l'argent.

Crédit photos : Fiat
Merci au blog Fiat Classiques pour son aide.

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