vendredi 26 août 2011

MAZDA : 50 ans de moteur Wankel



Chez Mazda, il y a une bonne et deux mauvaises nouvelles. La bonne, c'est que la firme d'Hiroshima fête cette année les cinquante ans de l'arrivée du moteur rotatif. La première mauvaise nouvelle, c'est que le dernier modèle utilisant cette technologie, à savoir le RX-8 a cessé d'être produit il y a quelques jours. La seconde mauvaise nouvelle, c'est qu'aucun remplaçant n'est prévu ni pour un coupé sportif dans la gamme Mazda, ni pour un nouveau moteur rotatif. Une page d'histoire qui se tourne, et l'occasion pour la Gazette Automobile de faire le points sur ces 50 années d'aventure.


C'est en Juillet 1961 que Tsuneji Matsuda, le président de Mazda, signe un accord de fabrication sous licence d'un nouveau type de moteur avec le constructeur allemand NSU, encore indépendant. Cela fait en effet 10 ans que NSU, depuis 1951, finance massivement le projet de Felix Wankel, à savoir un moteur à piston rotatif qui portera son nom. Beaucoup de problèmes techniques seront rencontrés, et ce n'est qu'en 1960 que NSU sera capable de proposer un modèle de série avec un tel moteur (NSU Spider). Mais la fiabilité n'est pas au rendez-vous, ni le succès. Et des problèmes d'étanchéité et de consommation d'essence et d'huile deviennent criants. Cela n'empêche pas Mazda d'être séduit par ce moteur peu encombrant, léger, et nécessitant beaucoup moins de pièces qu'un moteur thermique classique.

Dès les premiers mois, les techniciens de Mazda se rendent vite compte que le moteur Wankel n'est pas assez fiable pour être proposé en série. Mazda reprend donc à son compte le développement du moteur Wankel, avec une équipé dédiée. La priorité est de réussir à réduire les vibrations frictionnelles qui occasionnent dans la chambre de combustion des coups et des marques qui mettent à mal l'étanchéité. Après avoir réglé ce problème, les équipes nippones constatent qu'un moteur avec un seul rotor (celui développé par NSU) est soumis à des fluctuations de couple ne permettant pas une utilisation souple. La solution ? un moteur avec plusieurs rotors. En 1964, Mazda équipe ses premier prototypes d'un moteur L8A bi-rotor de 2x399cc, puis quelques mois plus tard d'un L10A de 2x491cc. Les essais sont concluants et en mai 1967 sort le premier véhicule de série doté d'un moteur Wankel bi-rotor : la Cosmo 110S (au moment même ou NSU arrête la production du Spider).

Mazda Cosmo Sport 110S - première d'une longue lignée
En plus d'être très jolie (c'est un adorable coupé 2 portes), la Cosmo étonne avec son moteur au rendement incroyable de 110ch, puissance qui passera à 128ch dés l'année d'après avec le moteur L10B. Comme tous les constructeurs japonais, Mazda a fait subir à sa nouveauté des milliers de kilomètres de tests, sans que des problèmes particuliers n'aient été détectés. Les performances enchantent la presse. Les ventes ne suivront pas (environ 1.500 exemplaires au Japon de 1967 à 1972).

Cependant, encouragé par la relative bonne fiabilité de son moteur Wankel retravaillé, Mazda va en lancer dans les années 70  la production massive, et va l'intégrer avec une certaine réussite dans toute sa gamme de modèles (Familia, Capella, Luce, Savanna, Pick-up) parallèlement aux moteurs essence classiques.. Certains modèles ne seront même disponible qu'avec du Wankel !

Mazda Familia Rotary Coupé (R100) : le Wankel se démocratise
Dès 1968, Mazda équipe au Japon un petit coupé moins marginal, la Familia (2ème génération) Rotary Coupe, du moteur L10B ramené à 100ch. En 1970, cette voiture sera exportée au Etats-Unis sous le nom de R100 et sera engagée dans de nombreuses épreuves sportives où elle fera bonne impression. Elle sera produite jusqu'en 1973.

Mazda Luce Coupé (R130) : Une rareté
En 1969, la grande berline Luce (1ère génération de 1965) sort dans une version  R130 coupé 2 portes avec moteur L13A (2x655cc) de 126ch. Sa particularité est d'être la seule Mazda à traction avant produite avec un moteur rotatif. Produite jusqu'en 1972 à un peu moins de 1.000 exemplaires.

Mazda Capella (RX-2) : un air d'américaine
En 1970, la Capella (1ère génération), plus connue à l'export sous le nom de 616, disposait d'une variante RX-2 à moteur L12A de 130ch. Produite avec succès jusqu'en 1974 et vendue en France.

Mazda Savanna (RX-3) : le début d'une success-story
En 1972, la Savanna (1ère génération), appelée aussi RX-3 en dehors du Japon, adopte le moteur L10A dans une configuration 105ch, puis le L12A (2x573cc) de 110ch et enfin le L12B. Particularité de la Savanna/RX-3 : elle est disponible en coupé 2 portes, berline 4 portes, et break 5 portes. Produite jusqu'en 1978, elle sera remplacée par la Savanna de deuxième génération, plus connue chez nous sous le nom RX-7 ! La RX-3 a été vendue en France.

Mazda Luce 2ème génération (RX-4) : banale en berline.
En 1972 sort la Luce de seconde génération, connue sous le nom de 929 ou de RX-4 (pour les versions à moteur Wankel) à l'export. Les moteurs sont le L12A puis le L13B. Production jusqu'en 1978 en coupé, berline et break. Elle a été vendue en France.

En 1973, la marque a réussi son pari. Par exemple, sur 105.000 modèles exportés aux Etats-Unis en 1973, 92% étaient équipées de moteur Wankel !

Mazda Rotary Pick-Up  : le seul Pick-Up Wankel au monde ?
En 1974, la troisième génération du pick-up B-series accueille le moteur rotatif L13B. L'expérience ne sera pas renouvelé sur les générations suivantes. Ce pick-up à moteur Wankel sera produit jusqu'en 1977. Non vendu en France mais carrière honnête aux Etats-Unis.

Mazda Cosmo 2ème génération (RX-5) : un profil compliqué
En 1975, la deuxième génération de Cosmo, appelée 121 à l'export, accueille une version RX-5 qui disposera des moteurs L12A, puis du L13B. Production jusqu'en 1981, et vendue en France, mais pas avec le moteur Wankel.

Mazda Luce Legato 3ème génération, pas inconnue chez nous
En 1977, la troisième génération de Luce (929 à l'export) dispose des moteurs L12A et L13B pour la plupart réservées au marché japonais. Seules quelques rares versions Wankel sont exportées sous le nom de RX-9. Production jusqu'en 1981.

A la fin des années 70, Mazda renonce à équiper toute sa gamme et réserve le moteur Wankel aux modèles les plus gros de son catalogue (Savanna/RX-7, Luce, Cosmo). A part la RX-7, ces versions seront la plupart du temps réservées au marché nippon.

Mazda Savanna 2ème génération - le début du phénomène RX-7
En 1978, la Savanna (2ème génération) remplace la première, mais propose uniquement cette très belle version coupé. A l'export, cette voiture prendra pour la première fois le nom légendaire de RX-7. Motorisée par un L12A de 100ch et un L13B de 135ch. Production jusqu'en 1986 et vendue en France.

Mazda Cosmo Rotary Turbo - On en voit encore quelques-unes en France sans Wankel, nommées 929
En 1981, la troisième génération de Cosmo et sa jumelle la quatrième génération de Luce, toutes deux vendues comme 929 à l'export, disposent de moteurs rotatif. La Luce, plus classique et ne possédant pas de coupé, a droit aux moteurs L12A et L13B. La Cosmo utilisait elle aussi le L12A en version normale ou avec turbo (165ch), et le L13B à injection (135ch). La Mazda Cosmo Turbo de 165ch fut à l'époque la voiture de série la plus rapide du Japon. Production jusqu'en 1986 pour la Luce, et 1989 pour la Cosmo. Vendue en France, mais pas avec le moteur Wankel.

Mazda Luce 5ème génération, très classique
En 1986, la cinquième génération de Luce (929 à l'export) sera la dernière à utiliser le moteur rotatif dans sa configuration L13B de 185ch. Production jusqu'en 1991 et vendue en France, mais pas avec le Wankel.

Mazda Savanna 3ème génération. Vous avez dit Porsche 924 ?
Toujours en 1986 sort la troisième génération de Savanna, plus connue à l'export comme la deuxième génération de RX-7. La phase 1 disposera du moteur L13B en atmosphérique (146ch) ou turbo (182ch). en 1989, la phase 2 aura ces mêmes moteurs mais avec des puissances revues à la hausse (160 et 202ch). Production jusqu'en 1992, et vendue en France.

Eunos Cosmo : la grande classe à la japonaise, et un moteur hors du commun.
En 1990 : la quatrième génération de Cosmo sera vendue sous la marque Eunos au Japon (éphémère tentative de Mazda d'imposer une nouvelle marque de luxe). Elle inaugure deux moteurs Wankel qui vont au delà de tout ce qui a été fait jusqu'à présent : 235ch sont tirés du bi-rotor L13B-REW grâce à deux turbos, et pour la première fois un tri-rotor fait son apparition. d'une cylindrée de 3x654cc, ce L20B développe pas moins de 300ch. Ce coupé de haut de gamme sera produit jusqu'en 1995 et restera le seul à avoir eu droit, en série, au tri-rotor. Non vendue en France.

En 1991, Mazda réussit l'exploit de gagner le 24 heures du Mans avec la 787B, voiture de course équipée d'un quadri-rotor !

Mazda RX-7 3ème génération : un dessin très manga, et une sportive redoutable injustement méconnue
En 1992, la troisième génération de RX-7 (nom à l'export) laisse tomber l'appellation Savanna au Japon pour conserver l'appellation RX-7. Mais elle est vendue sous une nouvelle marque, Efini, qui est avec Autozam (petites voitures) et Eunos (Luxe) une tentative vaine de créer de nouvelles marques au Japon pour se diversifier. Dès 1996, la RX-7 rejoindra le catalogue Mazda. Le moteur L13B est ici repoussé dans ses derniers retranchements, avec des puissances de 255, 265 puis 280ch. Cette dernière et ronde génération de RX-7 sera produite jusqu'en 2002 au Japon, mais abandonnera bien avant beaucoup de marchés à l'export (dont le nôtre).

Mazda RX-8 : Une sportive décalée et un peu paresseuse

Et pour finir, en 2002, la dernière représentante au monde du moteur Wankel, la RX-8. Une architecture atypique (coupé 4 portes dont les deux à l'arrière étaient antagonistes et minuscules afin de pouvoir faciliter l'accès aux places arrière). Et la toute dernière évolution du moteur Wankel L13B : le Renesis. Disponible en deux niveaux de puissance (190 et 231ch), la RX-8 perd la sportivité de la RX-7 pour devenir plus bourgeoise. Peu populaire à cause de sa consommation et de ses rejets de CO2, la RX-8 n'est pas née dans une bonne époque. Mazda a bien essayé de la relancer il y a trois ans, mais la marque n'y croit plus : quelques centaines d'exemplaires seulement ont été vendus l'année dernière dans le monde. La production a cessé en juillet 2011.

Mazda Cosmo Sport 110S : peut-être la plus belle
Ironie du sort, Mazda qui a tellement investi dans le moteur Wankel, malgré ses problèmes initiaux de fiabilité, malgré sa surconsommation, malgré son faible couple, est aussi la marque qui condamne aujourd'hui ce moteur. Saluons le constructeur japonais qui a réussi là où NSU et Citroën ont échoué. Car pendant que la marque allemande était mangée par Audi et que la française faisait faillite, Mazda réussissait dans les années 70 à imposer le Wankel et à en vendre des centaines de milliers, malgré la première crise pétrolière. Un entêtement qui mènera la marque vers la banqueroute en 1979, après la seconde crise pétrolière. Mazda verra en conséquence l'arrivée de Ford dans son capital, actionnaire dont elle ne se débarrassera que 30 ans plus tard. Mais aujourd'hui, la firme d'Hiroshima peut se targuer d'être la seule au monde à avoir su développer, fiabiliser et vendre le moteur Wankel sans y laisser sa peau.


Des rumeurs disaient que le moteur Wankel était pressenti par Mazda pour concevoir des véhicules électriques à autonomie prolongée (de type Chevrolet Volt). Pourquoi pas vu l'encombrement et le poids réduits de cette motorisation ! Mais la marque semble avoir abandonné l'idée, vue la surconsommation inhérente au fonctionnement du Wankel. En ces temps de crise économique, nous ne sommes pas prêts de réentendre un bi-rotor de sitôt !

Sources : Wikipedia, Mazda

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Série Limitée Japon : MAZDA RX-8 Spirit R (10 octobre 2011)

4 commentaires:

  1. J'y crois toujours , et ceci a travers l'AUDI A1 étron qui sera un juste retour aux choses !

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  2. Le problème, c'est qu'on ne sait toujours pas si l'A1 Etron (si tenté qu'elle sorte) utilisera un moteur Wankel pour recharger les batteries. Vu la compacité de ce type de moteur, ce serait judicieux. seul détail : ça fait longtemps que le groupe VW a abandonné le développement du Wankel. Et j'ai peur que ce moteur n'ait été présent sur cette A1 Etron Concept qu'en souvenir de NSU.

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  3. VW SERAIT BIEN CULOTTE DE REPRENDRE CE PROJET ! APRES AVOIR LACHEMENT TORPILLE NSU DANS LE DOS ! ! ! N'OUBLIONS PAS QUE SANS NSU V.W SERAIT ENCORE A JOUER AVEC SES VARIANT COMBI ET AUTRES COX A PROPULSION ARRIERE ! ! !
    LA 1ere V.W A TRACTION AVANT SORTIE EN 1969 SOUS LE NOM USURPE DE V.W K.70 ETAIT EN FAIT UNE TOTALE NSU K.70 ! ! ! ET C'EST AINSI QUE V.W A ABANDONNE NSU ! L'ELEVE QUI TUE SON PROF QUOI ! . .

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  4. @nsu : c'est vrai que VW doit beaucoup à NSU pour sa diversification au début des années 70. Et je vois mal le groupe allemand investir dans le wankel aujourd'hui. Je suis pourtant persuadé que cette technologie aurait sa place sous le capot d'une voiture électrique à prolongateur d'énergie.

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